
En octobre, la rhubarbe paraît fatiguée. Ses grandes feuilles jaunissent, les tiges s’affaissent et la touffe semble ne plus rien attendre de vous avant le printemps.
C’est pourtant à ce moment précis qu’un geste discret peut transformer une plante essoufflée en plusieurs pieds vigoureux. La différence se verra dès le retour des beaux jours, au moment où les premières tiges rosées réapparaîtront.
Pourquoi octobre peut changer la récolte de rhubarbe
La rhubarbe entre naturellement en repos à l’automne. Après les récoltes du printemps et du début d’été, son feuillage décline, puis la plante concentre ses réserves dans son rhizome, cette souche charnue installée sous terre.
Beaucoup de jardiniers se contentent de retirer les feuilles fanées et d’oublier la touffe jusqu’au printemps. Cette attitude est parfois adaptée à un jeune plant. Mais une rhubarbe installée depuis plusieurs années demande aussi un peu d’attention.
Cette vivace peut produire pendant plus de dix ans, à condition que sa souche reste saine et bien nourrie. Or, avec le temps, le rhizome peut se densifier. Son centre devient dur, ligneux ou creux, tandis que les bourgeons actifs se déplacent vers les bords.
Cette évolution apparaît souvent entre quatre et huit ans, selon la nature du sol et les habitudes de récolte. Les signes sont assez faciles à reconnaître : les tiges deviennent plus fines, moins nombreuses et parfois filandreuses. La plante peut aussi monter en fleurs plus souvent.
Il ne s’agit pas forcément d’une maladie. C’est surtout le signe qu’une vieille touffe a perdu de sa vigueur et gagnerait à être rajeunie. Reste à intervenir au bon moment, sans fragiliser les futures pousses.
Le geste qui peut multiplier vos pieds : diviser la souche
Le geste à faire est la division de la rhubarbe. Il consiste à déterrer une touffe mature, puis à séparer son rhizome en plusieurs morceaux viables, appelés éclats. Chaque éclat devient ensuite un nouveau pied.
Une grosse souche peut souvent être partagée en trois ou quatre parties vigoureuses. Vous ne quadruplez pas automatiquement le poids récolté dès la première saison, mais vous obtenez jusqu’à quatre emplacements productifs au lieu d’un seul. C’est une façon gratuite d’agrandir votre plantation.
La division fonctionne car chaque fragment conserve des racines et des bourgeons. Ces bourgeons, parfois appelés « yeux », formeront les nouvelles feuilles et les nouvelles tiges au printemps. Une souche devenue trop compacte retrouve ainsi l’espace nécessaire pour repartir.
Avant de vous lancer, observez la plante. Une touffe qui approche 1 m², dont le centre est très dur ou creux, est une bonne candidate. La présence de peu de pétioles, de tiges minces et de floraisons répétées confirme généralement que le pied s’épuise.
Le cœur ancien ne mérite pas toujours d’être conservé. S’il est mou, pourri ou très ligneux, mieux vaut l’écarter. Les portions périphériques, plus jeunes et porteuses de bourgeons roses, donneront les meilleurs nouveaux plants. Mais encore faut-il découper et replanter ces éclats avec précision.
Comment diviser la rhubarbe en octobre, étape par étape
Octobre et novembre sont propices à l’opération en sol léger et drainant. Les feuilles ont alors disparu ou déclinent fortement, ce qui facilite le travail. Choisissez une journée douce, avec une terre ni gelée ni détrempée.
Préparez une fourche-bêche, une bêche affûtée, du compost mûr ou du fumier bien décomposé, ainsi qu’un paillage organique. Travaillez avec soin : les grosses racines de rhubarbe sont solides, mais elles doivent rester aussi intactes que possible.
- Dégagez la touffe. Plantez la fourche-bêche tout autour du pied, à environ 30 cm du centre. Faites levier progressivement afin de soulever l’ensemble de la motte sans sectionner inutilement les racines.
- Repérez les bourgeons. Secouez la terre qui adhère au rhizome. Vous pouvez aussi rincer légèrement la souche pour distinguer les yeux rosés. Ils doivent rester proches de la surface après plantation.
- Éliminez les parties abîmées. Retirez le centre ancien s’il est mou, pourri, creux ou très ligneux. Ne replantez que les tissus fermes et les racines visiblement saines.
- Découpez des éclats équilibrés. Avec la bêche, séparez trois ou quatre morceaux. Chaque éclat doit peser environ 500 g et comporter un tronçon de racine sain avec un à trois bourgeons.
- Préparez les trous. Creusez des trous d’environ 40 cm. Ameublissez la terre et mélangez-y du compost mûr ou du fumier très bien décomposé.
- Replantez sans enterrer les bourgeons. Orientez les yeux vers le haut. Recouvrez-les seulement de 2 à 3 cm de terre, tassez avec le plat de la main, puis arrosez copieusement.
- Respectez les distances. Laissez 1 à 1,20 m entre chaque pied. Cet espace limite la concurrence et permet à chaque touffe de prendre de l’ampleur au fil des saisons.
Après cette plantation, le premier arrosage est essentiel. Il met la terre en contact avec les racines et évite les poches d’air autour des éclats. Le suivi hivernal compte tout autant pour préserver la couronne.
Après la division : les soins à apporter jusqu’au printemps
Une fois les nouveaux pieds en place, maintenez un sol frais. La rhubarbe apprécie l’humidité régulière, mais elle supporte mal l’eau stagnante. Une couronne constamment gorgée d’eau peut pourrir pendant l’hiver.
Installez un paillage organique autour des plants. Feuilles mortes saines, compost grossier ou autre matière organique peuvent protéger le sol et limiter les variations de température. Gardez toutefois le cœur de chaque pied dégagé pour éviter l’excès d’humidité au niveau des bourgeons.
Votre terre reste collante tout l’hiver ou se draine difficilement ? Dans ce cas, ne forcez pas une division automnale. Retenez plutôt la période comprise entre février et mars, quand le sol redevient travaillable et que le risque de saturation diminue.
Au printemps suivant, laissez les éclats s’installer. Récoltez très modérément, surtout lors de la première année après la division. Les feuilles alimentent le rhizome : une récolte trop généreuse ralentirait l’enracinement des nouveaux pieds.
Par la suite, ne prélevez jamais plus de la moitié des tiges d’une touffe. Arrêtez la cueillette au début de juillet. La plante pourra alors refaire ses réserves avant son repos automnal, ce qui conditionne directement la saison suivante.
Un apport annuel suffit souvent : à chaque automne, déposez un cordon de compost mûr autour de la souche. Cette nutrition douce accompagne la croissance sans enfouir les bourgeons sous une couche épaisse.
Les détails qui font une rhubarbe productive plus longtemps
La rhubarbe apprécie une terre profonde, fertile et riche en matière organique. Un sol ameubli facilite l’installation des racines, tandis qu’un compost mûr nourrit progressivement la plante. Le fumier n’est utile que s’il est bien décomposé, car un produit frais peut être trop agressif.
La distance de plantation est souvent sous-estimée. Une rhubarbe adulte forme une touffe large, avec de grandes feuilles qui captent beaucoup de lumière. Les 1 à 1,20 m recommandés entre les pieds ne sont donc pas du vide perdu : ils assurent l’aération et l’accès à l’eau.
La floraison est également à surveiller. Quand une hampe florale apparaît, elle mobilise une partie des réserves de la plante. Sur un pied destiné à la production de tiges, la retirer dès son apparition aide la souche à concentrer son énergie sur le feuillage et les pétioles.
Enfin, récoltez les tiges en les prélevant proprement depuis leur base plutôt qu’en coupant au hasard dans la touffe. Garder suffisamment de feuilles est indispensable. Ce sont elles qui permettent au rhizome de se régénérer entre deux saisons.
Ces gestes restent simples, mais une erreur fréquente peut annuler les bénéfices d’une division pourtant bien menée.
Les erreurs à éviter avec une souche de rhubarbe
La première erreur consiste à diviser une petite touffe encore jeune. Une rhubarbe récemment plantée a besoin de temps pour constituer ses réserves. Réservez cette opération aux pieds nettement développés, surtout lorsqu’ils montrent les signes d’épuisement.
Évitez aussi de replanter un morceau sans bourgeon. Une racine seule ne donnera pas un nouveau pied. Chaque éclat doit impérativement réunir un tronçon de racine sain et un à trois yeux.
N’enterrez pas les bourgeons trop profondément. Une couverture de 2 à 3 cm de terre suffit. Enfin, ne confondez pas sol humide et sol saturé : l’eau est nécessaire après plantation, mais l’excès favorise la pourriture de la couronne.
En intervenant lorsque la plante entre en repos, vous donnez à chaque éclat le temps de s’enraciner avant le réveil printanier. Votre prochaine récolte commencera donc bien avant l’apparition des premières tiges.


